CATHÉDRALE DE LISIEUX

L'Histoire du Grand Orgue

Plusieurs instruments ont précédé le grand orgue actuel. En premier lieu, nous savons que des orgues ont existé dès le XVIe siècle. En effet, il est dit qu'un orgue a été détruit par les protestants en 1562, puis restauré par Nicolas Baril en 1580.


Nous savons également qu'un orgue a été réceptionné en 1627 par Nicolas Levavasseur, alors organiste de la cathédrale depuis 1622 vraisemblablement, et construit par Guillaume Lessellier, facteur d'orgue à Rouen. En 1677, Monseigneur Léonor II de Matignon formule un serment en la cathédrale Saint Pierre, à la suite de cela, selon un écrit publié en 1917 par l'Abbé Hardy (1), le Te Deum lancé par l'orgue pendant qu'il s'installe dans la chaire épiscopale. En 1640, Nicolas Levavasseur est remplacé par Pierre Colombel aux orgues.

En 1793, l'instrument, détruit, était remarquable par sa force et par la beauté de ses jeux, dont quelques-uns "imitaient, à s'y méprendre, la voix humaine" (1) Dans les années 1840-1850, Charles Verschneider, facteur d'orgue installé à Paris, établit un devis de construction d'un orgue de tribune de 39 jeux sur 3 claviers et pédalier. Ce projet n'a sans doute pas abouti. La tribune de la cathédrale s'est donc retrouvée sans Grand Orgue entre 1793 et 1874 ! (2) (3) En 1870, il est mentionné un orgue de 3 claviers et pédalier avec 46 jeux, situé dans "La Tribune" à l'atelier d'Aristide Cavaillé-Coll. L'orgue est à l'origine destiné sans doute pour une exposition universelle au Palais de l'industrie de Paris (actuellement Grand et Petit Palais). Cependant pour des raisons administratives, le projet ne s'est pas fait. En 1870, la guerre franco-prussienne stoppe les commandes de la manufacture Cavaillé-Coll. A la fin de la guerre en 1871, Cavaillé-Coll se retrouve confronté à une multitude de commandes d'instruments neufs dont font partie le Palais de l'industrie d'Amsterdam ainsi que la Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux. Ces deux dernières commandes constituent une priorité car les délais des commanditaires étaient brefs (1874 pour Lisieux et 1875 pour Amsterdam). Comment en très peu de temps, Cavaillé-Coll a t-il livré deux instruments à des endroits différents ? La réponse est donnée dans le grand livre d'atelier. En effet, en regardant les corrections en rouge, on peut constater que Cavaillé-Coll a utilisé certaines parties de l'orgue de "La Tribune" pour Amsterdam (sommiers de Grand-Orgue et sommiers du 32 pieds) et d'autres parties pour la Cathédrale de Lisieux (sommiers de Récit et Positif ainsi que la console et la machine Barker). Les parties manquantes des deux instruments ont été ajoutées par la suite.

L'instrument est béni par Mgr Hugonin, évêque de Bayeux et Lisieux, le 23 novembre 1874 et inauguré par Alexandre Guilmant, organiste de la Trinité à Paris, le 25 novembre 1874 : la commission dont faisait partie Guilmant conclut ainsi : "l'un des chefs-d'œuvre de la facture moderne", précisant cependant une réserve "insuffisamment avancé sur la nef". Cet inconvénient, joint à la grande élévation de la tribune, fait que l'orgue ne donne pas pleinement toute sa puissance. En effet, faute de place, Cavaillé-Coll dispose l'instrument en profondeur et non pas en largeur conformément à ses habitudes, les quatre plans sonores sont situés aussi au même niveau. En premier plan, les sommiers du Grand-Orgue ; derrière les boîtes expressives du Positif (gauche) et du Récit (droite) ; enfin les sommiers de Pédale tout derrière. A noter que la Soubasse de 32' possède un sommier indépendant. L'impossibilité d'élargir la tribune n'a pu permettre de les placer de chaque côté de l'instrument, comme il était prévu.

On peut néanmoins noter certaines particularités de cet instrument de "recherche" comme le Cornet harmonique de 8 rangs au Récit. Endommagé par la foudre en 1878, l'orgue est immédiatement réparé par la maison Cavaillé-Coll.

En 1898, des transformations sont entreprises par Charles Mutin, directeur de la manufacture Cavaillé-Coll : pour la partie mécanique, les claviers de Récit et Positif sont inversés, il ajoute une 2e machine Barker au Récit ainsi qu'un système d'octaves grave. Au niveau des plans sonores, le Basson-Hautbois et la Voix Humaine sont transférés au clavier du Récit ; le Diapason 8' du Récit et le Quintaton 8' du Positif sont permutés. L'Unda Maris du Positif est remplacé par un Nazard (Quinte du Récit). Au Pédalier, le Corni Dulci qui était prévu, mais réalisé en Octave 4' est alors bouché en Bourdon 8'.

En 1932, de nouvelles transformations sont exécutées par la Manufacture Gloton sans toutefois remettre en cause la structure de l'instrument. Au Récit, la Quinte 2 2/3 est transformée en Plein-jeu. Au Pédalier, le Violoncelle en métal est remplacé par une Flûte 4' en bois et une Soubasse 16 (pneumatique) est installée.

En 1943, une nouvelle intervention est menée par Joseph Beuchet, directeur d'une succursale à Paris de la Maison Gloton. Pour des questions de virtuosité, il est fort possible que le pédalier ait été changé à ce moment-là. En 1963, grâce aux dommages de guerre, un relevage est effectué par le facteur Roethinger qui ajoute une troisième machine Baker pour le Positif. Au Grand-Orgue, les Pleins jeux sont réharmonisés en fournitures, auxquels est adjoint une cymbale, au détriment de la Gambe 8'. La partie sonore de l'instrument est classée aux « Monuments historiques » en 1972.

En 1986, sous l'expertise de Decavèle, il est décidé d'une restauration revenant à la deuxième période de l'instrument, selon les travaux effectués par Charles Mutin. C'est en 1988 que Philippe Hartmann restaure l'instrument (retrait de la Barker du Positif et du Récit, réattribution de certains jeux à leur emplacement original, modification des pressions, baisse du diapason à 430Hz, réharmonisation etc...) L'instrument est inauguré en octobre 1988 par Jean Boyer avec au programme B-A-C-H de F. Liszt, quatre chorals de l'op. 122 de J. Brahms, l'Allegro de la 6e Symphonie de CM Widor et la Grande Pièce Symphonique de C. Franck. Un autre concert est donné par Anne Dumontet avec du Vierne, Haendel, Franck, et le Concerto pour Orgue de F. Poulenc.

En 2008, Jean-François Dupont change le moteur et le place dans la tour sud (originellement à côté des soufflets primaires). Il neutralise également le premier réservoir primaire. Orgue à trois claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes, sa console est tournée vers le chœur. La transmission des notes est mécanique avec relais de machine Baker pour le Grand-Orgue et une mécanique directe des Récit et Positif.

Depuis son installation en 1874, le grand orgue construit par Cavaillé-Coll a bénéficié de plusieurs organistes titulaires qui se sont succédés :

- Pierre Auguste Béretta de 1874 à 1897
- Augustin Garcin de 1897 à 1920
- Antoinette Marie-Cardine de 1920 à 1951
- Joseph Mauger de 1951 à environ 1970
- Bruno Courtieu(x) de 1970 à 1979
- Anne Dumontet de 1979 à 2016
- Simon Lawford de 2016 à 2017
- Yanis Dubois et Tom Rioult depuis 2017
- Jean L'Ange depuis 2019

L'activité musicale autour des orgues de la Cathédrale est menée par l'Association "Les Amis des orgues Lisieux-Pays d'Auge. Actuellement, un grand projet de restauration de l'instrument est en cours après 30 ans de loyaux services.


Source : - (1) : Abbé Hardy : La cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux, p. 153. - (2) : Discours prononcé le jour de la fête de la Toussaint 1840 par M. Farolet, curé de Saint Pierre de Lisieux, p. 9 - (3) : d'après René Verwer, Cavaillé-Coll en Nederland (2009)

L'Histoire de l'orgue de choeur

Ils sont avec les orgues de chœur de Saint Sulpice de Paris et de la Cathédrale de Nantes, les trois plus importants de France.


Dès le XVIe siècle, il est mentionné dans des écrits des orgues de choeur, malheureusement très peu de traces précises existent sur ces instruments. Cependant, dans un devis des années 1840-1850, émanant de Charles Verschneider, il est mentionné un orgue de deux claviers (et pédalier?) qui doit être réparé et agrandi (mise en boîte expressive des jeux de récit, ajouts de tuyaux dans les basses de flûte et hautbois...). Or, nous ne savons pas à ce jour si Charles Verschneider est intervenu ou non dans ce projet.

L'orgue de chœur actuel possèdant 25 jeux (dont 4 par emprunt au Grand-Orgue) construit par la maison Cavaillé-Coll sous la direction de Charles Mutin sans doute entre 1898 et 1901. Cet instrument est un don de madame Osmont. Il est inauguré le 17 novembre 1901 par A. Garcin, organiste de la cathédrale avec le concours de Monsieur Christin, ténor solo en l'église de la Trinité à Paris, et de la maîtrise de Saint-Pierre dirigée par Monsieur Trembloy.